Par Coline BAUNE, thérapeute TCC spécialisée en psychotraumatisme et anxiété
Vous avez ri à table depuis plusieurs semaines, et vous pensez aussitôt : « Comment je peux rire alors qu’il n’est plus là ! »
Vous êtes retourné au travail, vous avez repris vos habitudes. C’est alors que vous vous sentez coupable et même presque honteux d’aller mieux.
Cette culpabilité peut être ressentis par certaines personnes, mais elle est très peut évoqué dans la compréhension et l’accompagnement du deuil. Lorsque cette culpabilité s’installe, elle peut être un véritable facteur de maintient de la souffrance.
La culpabilité dans le deuil
Le mécanisme du deuil est bien plus complexe que la simple tristesse. Il peut s’accompagner de colère, d’anxiété, de honte et de culpabilité.
Durant cet article, nous allons nous concentrer spécifiquement sur le sentiment de culpabilité. Ainsi, elle peut prendre plusieurs formes :
- Culpabilité d’action : « j’aurais dû… »
- Culpabilité de ne pas avoir été présent : « je n’étais pas là pour lui »
- Culpabilité du survivant : « pourquoi lui et pas moi ? »
- Culpabilité des conflits non résolus : « la dernière fois, nous nous sommes disputés. »
- Culpabilité d’aller bien : « Comment puis-je rigoler/ m’amuser alors qu’il n’est plus là ? » ; « Si je rigole, ça signifie que je l’oublie. »
Cette culpabilité d’aller bien est très méconnu.
D’où vient cette culpabilité ?
Lorsqu’une personne disparaît, le cerveau cherche à donner un sens à ce qui est arrivé. Le décès d’un proche laisse un grand sentiment d’impuissance, et donc de perte de contrôle. Ainsi, le cerveau cherche également à retrouver un sentiment de contrôle.
Parfois, la culpabilité peut remplir cette fonction :
« s’il y a une erreur, il existe une façon d’agir. » Ainsi, le monde peut redevenir prévisible.
En d’autres termes, il est parfois plus supportable de se dire « j’aurai pu l’empêcher » que d’accepter d’être impuissant.
Certains biais cognitifs peuvent expliquer ce processus :
- Le biais rétrospectif : il s’agit de juger les décisions d’hier avec les informations d’aujourd’hui.
- Le raisonnement par les émotions : « Si je me sens coupable, c’est que je dois l’être ». C’est l’idée de penser que quelque chose est vrai parce qu’on le ressent, sans prendre en compte les faits qui le contredisent.
- Le biais d’interprétationn du tout ou rien : classer les situations comme tout noir ou tout blanc, sans se placer sur un continuum.
Comment la culpabilité peut-elle entretenir la souffrance ?
La culpabilité peut déclencher des réactions psychologiques / des comportements qui prolongent le deuil.
- L’auto-sabotage : Se priver de plaisir ou de bonheur.
- L’évitement : Cela peut amener à l’évitement de moments agréables, comme refuser une invitation, ne pas écouter de la musique etc.
- La souffrance comme preuve d’amour et d’attachement : parfois, nous pouvons avoir l’impression que si la douleur s’apaise, le lien s’estompe.
C’est ainsi que la culpabilité peut alimenter la souffrance. Le deuil peut donc être beaucoup plus long.
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